lundi 26 octobre 2009

Fondant à la carotte

Les carottes sont cuites ! Un règlement européen précise que seuls les fruits peuvent servir de base à la confection de confitures. Pour protéger la confiture de carotte, une spécialité portugaise, la carotte a donc aujourd'hui le statut juridique d'un fruit et non d'un légume ! Fruit ou légume, la carotte permet de réaliser un délicieux gâteau, très doux et très surprenant !

- 200 g. de carottes cuites à la vapeur et écrasées,
- 230 g. d’œufs à température ambiante (5 gros œufs ou 6 petits),
- 300 g. de sucre,
- 230 g. de farine T45,
- 160 g. de crème épaisse (non allégée),
- 4 g. de levure chimique,
- 50 g. de beurre pommade,
- 1 c. à s. d'extrait de vanille liquide,
- 3 capsules de cardamome pillées,
- 80 g. d'abricots secs coupés en dés,
- 60 g. de pistaches.

Mélanger les œufs et le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse et triple de volume. Ajouter la crème, la farine, la levure, la vanille et la cardamome puis le beurre mou, la purée de carottes, les abricots et les pistaches. Verser la pâte dans un moule plat et grand, non beurré et laisser reposer au moins 1 heure à température ambiante.

Cuire 55 minutes à 180° C jusqu’à ce qu’une aiguille à tricoter insérée en son cœur en ressorte propre.

Laisser refroidir et démouler.

vendredi 9 octobre 2009

Cheesecake à la pêche


Une recette de cheesecake sans cuisson pour terminer en beauté la saison des pêches et des quetsches. Les pêches fraîches peuvent être remplacées par des pêches au sirop. Si vous ne trouvez pas de Philadelphia, de la Ricotta fera tout aussi bien l'affaire.

Préparation du biscuit :

Ingrédients :
3 œufs
115 g. de sucre en poudre
2 c. à c. de granules de café instantané
60 g. de farine
40 g. de cacao

Préchauffer le four à 180° C. Chemiser un moule à génoise de papier sulfurisé beurré. Battre au fouet électrique les œufs pendant 2 minutes. Le mélange doit devenir pâle et mousseux. Incorporer le sucre progressivement, en continuant de foutter.

Dissoudre le café dans 1 c. à s. d’eau bouillante. Incorporer la farine et le cacao au mélange œufs-sucre. Etaler cette préparation de manière uniforme dans le moule en lissant la surface. Faire cuire la génoise 12 minutes. Laisser refroidir.

Recouvrir une plaque de papier sulfurisé. Placer la génoise sur la plaque. Déposer un cercle en inox de 14 cm de diamètre sur la génoise. Découper la génoise et réserver le reste pour un autre gâteau.

Préparation de la crème :

600 g. de Philadelphia
2 yaourts
3 c. à s. de jus de citron
500 g. de pêche
8 g. d’agar agar
100 g. de sucre
180 g. de jus de mangue

Fouetter au batteur électrique le Philadelphia, les yaourts et le jus de citron. Découper les pêches en petits dés. Chauffer à feu vif le jus de mangue et le sucre. Ajouter l’agar agar et fouetter jusqu’à complète absorption. Incorporer au mélange crémeux en rajoutant les cubes de pêches. Remplir le moule de préparation et placer le tout au congélateur pendant 4 heures.

Environ 2 heures avant de servir, sortir le gâteau du congélateur. Poser le cheesecake sur un bol retourné. Chauffer les parois du cercle au sèche-cheveux. Retirer le cercle par le bas. Débarrasser sur le plat de service.

Servir accompagné d’une purée de quetsches parfumée à la cannelle.

mercredi 30 septembre 2009

Moelleux chocolat aux quetsches et aux poires

Comme une tatin inversée, au chocolat et aux fruits de l'automne, relevée par une note épicée ! Accompagnée de glace à la vanille ou de crème anglaise, quelle douce entrée en matière pour les desserts de l'hiver !

- 200 g. de chocolat noir,
- 230 g. d’œufs à température ambiante (5 gros œufs ou 6 petits),
- 300 g. de sucre,
- 230 g. de farine T45,
- 160 g. de crème épaisse (non allégée),
- 4 g. de levure chimique,
- 50 g. de beurre pommade,
- 1 c. à s. de quatre-épices,
- 400 g. de quetsches bien mûres coupées en 2 et dénoyautées,
- 2 poires pelées, épépinées et coupées en lamelles,
- 2 c. à s. de cassonade brune,
- 1 c. à s. de beurre mou.

Mélanger les œufs et le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse et triple de volume. Le moelleux sera du coup bien plus moelleux. Ajouter la crème, la farine, la levure puis le beurre mou et le chocolat noir. Verser la pâte dans un moule plat et grand, non beurré et laisser reposer au moins 1 heure à température ambiante.

Cuire 30 minutes à 180° C. Retirer le gâteau du four et disposer à la surface les lamelles de poires ainsi que les moitiés de quetsches, faces tranchées vers le haut. Saupoudrer-les de 2 c. à s. de cassonade brune et répartir l’équivalent d’1 c. à s. de beurre mou sur les quetsches et les tranches de poires. Replacer le gâteau 40 minutes environ, jusqu’à ce qu’une aiguille à tricoter insérée en son cœur en ressorte propre.

Laisser refroidir et démouler.

jeudi 24 septembre 2009

Confiture de tomate verte


Pendant la guerre, le souci d’économie rythmait la vie des familles. On mangeait, travaillait, veillait et dormait dans une même pièce. Les portefeuilles ne débordaient pas de billets mais de cartes de ravitaillement qui classaient les individus en catégories. Les rations de beurre, de lait, de viande étaient cependant insuffisantes. Les richesses venaient de la terre. La moindre parcelle était soignée.

Dans les jardins péniblement défrichés, rien ne se perdait. Qui n’a pas entendu parler des amateurs de tourtes aux épluchures de patates ? Pour les dernières tomates de l’été, celles qui menaçaient de pourrir avant d’arriver à maturité, la solution consistait à les transformer encore vertes en confiture en sacrifiant les rations de sucre. Etaient-elles vraiment bonnes ? Ou la faim les paraît-elles de toutes les qualités ?

Douce, cette confiture n’a pas du tout le goût des tomates classiques. Les fruits verts lui donne une saveur légèrement acidulée. Sa couleur ambrée et sa texture souple n’est pas sans rappeler un miel de sapin. Cette confiture de fin d’été se déguste classiquement en tartines au petit déjeuner ou plus surprenant, se marie agréablement avec du jambon cru et un morceau de pain aux noix grillé.


Couper les tomates, les épépiner (les pépins donnent un goût amer à la confiture) et détailler en cubes grossiers. Certains pèlent les tomates, je ne l’ai pas fait, par goût et par commodité aussi, la peau étant aussi fine que celle de certaines prunes. Macérer les tomates avec le sucre (compter 750 g. de sucre pour 1 kg de pulpe de fruits) pendant 24 heures. Ajouter l’écorce de 2 citrons (coupée plus ou moins finement, en bâtonnets pour ma part) ainsi que leur jus (sans les pépins), ainsi qu’une gousse de vanille égrenée et coupée en deux. Les fruits vont peu à peu s’imprégner de sucre et rendre leur jus pour former un sirop. L’odeur n’est pas encore très agréable.

Le lendemain, il faut commencer par stériliser les pots avant d’entamer la cuisson de la confiture : plonger les pots et les couvercles dans de l’eau bouillante pendant deux minutes. Les sortir de l’eau avec une pince ou un ustensile permettant de bien les attraper. Retourner les pots sur un torchon propre ou un papier absorbant.

Egoutter les tomates dans une passoire placée au-dessus d’une casserole en inox (ou d’une bassine en cuivre : les autres matériaux risquent de donner un mauvais goût à la confiture) pendant un bon quart d’heure. Faire cuire le sirop en le remuant peu (avec une cuillère en bois, matériau peu conducteur de chaleur) avant d’arriver à ébullition, puis ne plus toucher avant que le sirop atteigne 120° C (sinon gare aux débordements).

Ajouter les fruits dans le sirop. Porter de nouveau à ébullition jusqu’à ce que le liquide atteigne 106° C. Remuer de temps à autre afin d’éviter que le mélange n’attache. Enlever l’écume en fin de cuisson, si besoin (l’écume contient des impuretés).



Dès la fin de la cuisson, se débarrasser des gousses de vanille et remplir les pots. Fermer immédiatement. On lit souvent qu’il faut ensuite retourner le pot pour que l’air passe à travers toute la masse et soit stérilisé, cela n’est cependant pas nécessaire, l’air sera stérilisé avec la chaleur de la confiture, mais à condition d’être rapide à fermer le pot. Attendre au moins 24 heures avant de goûter. La confiture épaissira dans le pot. Mais si ça n’était pas le cas au bout des 24 heures, il est possible de cuire la confiture une deuxième fois. Pour cela, il faut verser le contenu des pots dans une passoire placée au-dessus de la casserole pour récupérer le sirop. Recuire à 109° C, ajouter les fruits et attendre jusqu’à ce que le mélange atteigne 106° C. Et éventuellement ajouter un peu d’agar agar quand le résultat est vraiment trop liquide (4 g. pour 1 litre de confiture, ajouter la poudre quand le sirop bout et bien mélanger jusqu’à ce que l’agar agar soit bien incorporé au mélange).

mercredi 16 septembre 2009

Cake


Vous venez de réaliser ce que vous croyez être un délicieux cake pour accompagner votre thé. Vous n’avez aucun mérite, vous dites-vous pleine d’autosatisfaction, après tout ce n’est qu’un peu de sucre et de farine mélangés à quelques œufs et du beurre. A la sortie du four, l’état de grâce s’évapore à la vue du cake en question. Après avoir échangé votre modeste couteau contre une scie, vous vous rendez compte que le gâteau n’a pas seulement l’air d’une brique. C’est une brique. Sa texture compacte n’a presque aucun goût et vous oblige à boire énormément de liquide pour rassurer les dubitatifs quant aux mérites gustatifs de votre étouffe-chrétien de gâteau. Votre avenir dans la maçonnerie est tout tracé, mais guère rassurant quant à vos capacités de pâtissière. Vos échecs auraient de quoi saper la réputation de ce grand classique. Mais les cakes sont à l’honneur dans de très illustres enseignes. Et c’est avec maestria que le chef Christophe Michalak vous prodigue ses conseils pour réussir à coup sûr ce B.A.-BA de la pâtisserie.


Voici les ingrédients pour réaliser la pâte à cake de base déclinable à l’infini en fonction de vos humeurs :

- 230 g. d’œufs à température ambiante (5 gros œufs ou 6 petits),
- 300 g. de sucre,
- 230 g. de farine T45,
- 160 g. de crème épaisse (non allégée),
- 4 g. de levure chimique,
- 50 g. de beurre mou (microondé quelques secondes),
- 50 g. d’huile (au goût neutre, pas d’huile d’olive ou d’huile de noix).


Mélanger les œufs et le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse et triple de volume. Cela va faire plein de petites bulles dans votre cake qui sera du coup bien plus moelleux.

Ajouter la crème, la farine, la levure puis le beurre mou et l’huile. Ce mélange beurre/huile est destiné à assouplir la texture de votre appareil.

Verser la pâte dans un moule plat et grand, non beurré et laisser reposer au moins 1 heure à température ambiante.

Cuire 50 minutes à 160° C : si le four est trop chaud, le cake aura une croûte bien brune, mais ne sera pas pour autant cuit à cœur. Inversement, si le four n’est pas assez chaud et que la cuisson dure trop longtemps, le cake sera déshydraté et donc sec.

Laisser refroidir et démouler.



Pour agrémenter votre pâte à cake, ajouter par exemple quelques marshmallows et du gianduja à la pâte… Une pure gourmandise. Voici la recette :

- 230 g. d’œufs à température ambiante (5 gros œufs ou 6 petits),
- 300 g. de sucre,
- 230 g. de farine T45,
- 125 g. de yaourt,
- 4 g. de levure chimique,
- 50 g. de beurre mou (microondé quelques secondes),
- 30 g. d’huile (au goût neutre, pas d’huile d’olive ou d’huile de noix),
- 200 g. de gianduja fondu,
- 100 g. de marshmallows.

Mélanger les œufs et le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse et triple de volume. Ajouter la crème, la farine, la levure puis le beurre mou, l’huile et le gianduja fondu. Compléter avec 100 g de marshmallows coupés en 4. Verser la pâte dans un moule plat et grand, non beurré et laisser reposer au moins 1 heure à température ambiante. Cuire 50 minutes à 160° C. Laisser refroidir et démouler.


Ou plus simplement, pour réaliser un marbré, il suffit de prélever 1/3 de la quantité de pâte à cake de base réalisée et y ajouter du cacao en poudre (10 g pour 100 g de pâte).

Pour donner un coût de jeune à votre marbré, pensez à la forme du moule. Le chef Michalak vous propose de recycler les boîtes de conserve (vides) et d’y faire cuire vos cakes. Bien vu, mais il faut dans ce cas penser à chemiser les boîtes de papier sulfurisé beurré. Idem pour vos boîtes de camembert (dans ce cas, il faut les chemiser avec du papier alu). Et le résultat est plutôt original pour un grand classique !

mardi 1 septembre 2009

Charlotte mangue abricot


J’adore les abricots fraîchement cueillis. Ils sont si juteux et parfumés, quel bonheur de les croquer sous leur arbre ! La récolte de cette année s’est achevée assez tôt, fin juillet pour être exacte. L’arbre est encore petit et même si ses branches craquaient sous le poids des fruits, il n’a pu satisfaire tous mes appétits. Aucun autre abricot acheté n’aura eu autant de goût que ceux-ci. J’ai renoncé à en acheter et attendrai patiemment l’année prochaine pour en consommer à nouveau. Jusque-là, je peux toujours me contenter d’abricots secs ou d’abricots en sirop. Avec deux conserves d’oreillons d’abricots, une conserve de pulpe de mangue et quelques biscuits cuiller, il est possible de réaliser un dessert abricoté très frais et savoureux. Pour la méthode, j’ai suivi les conseils du chef Sébastien Serveau de l’école de cuisine Ducasse. Et le résultat est superbe ! Je présente donc ma recette de mousse d’abricots au cœur de gelée d’abricots recouverte de gelée de mangue et présentée à la façon d’une charlotte.


Ingrédients :

- 2 conserves d’oreillons d’abricots
- 1 conserve de mangue
- 24 biscuits cuiller
- 3 x 4 g. d’agar agar
- 300 g. de crème liquide

Jour 1 :

Réserver le sirop d’abricot.

Verser 200 g. de purée d’abricots dans une casserole. Ajouter 300 g. d’abricots coupés en dés. Faire bouillir et incorporer au fouet 4 g. d’agar agar. Placer un cercle de 14 cm de diamètre sur une plaque recouverte de film alimentaire. Verser le mélange à l’intérieur du cercle. Déposer des oreillons d’abricots dans la gelée en enfonçant bien. Faire prendre au congélateur.

Jour 2 :

Sortir le cercle de gelée d’abricots du congélateur. Enlever le film alimentaire. Chauffer les bords du cercle au sèche-cheveux. Poser le cercle de gelée sur un bol. Faire descendre le cercle pour démouler. Réserver au réfrigérateur.

Recouvrir une plaque de papier sulfurisé. Placer un cercle de 14 cm de diamètre sur la plaque. Tremper rapidement les biscuits cuiller dans le sirop d’abricot. Disposer 12 biscuits cuiller au fond du cercle, côté sucré vers le haut. Réserver.

Préparer la mousse : faire bouillir 400 g. de purée d’abricots dans une casserole. Dès le premier bouillon, mélanger au fouet 4 g. d’agar agar. Fouetter en chantilly ferme 300 g. de crème fraîche liquide et verser dans la purée d’abricots. Mélanger délicatement. Ôter le cercle qui entoure les biscuits et remplacer par un cercle de 26 cm de diamètre. Répartir une épaisse couche de mousse. Déposer le cercle de gelée d’abricots congelé en le retournant, oreillons d’abricots vers le fond. Enfoncer le cercle dans la mousse. Recouvrir de mousse en remplissant à ras-bord et uniformément. Lisser avec une spatule. Mettre au congélateur.

Jour 3 - jour J :

Faire bouillir 450 g. de purée de mangues dans une casserole. Dès le premier bouillon, mélanger au fouet 4 g. d’agar agar. Laisser refroidir.

Environ 6 heures avant de servir, sortir la charlotte du congélateur. Chauffer les parois du cercle au sèche-cheveux. Poser la charlotte sur un bol retourné. Retirer le cercle par le bas. Débarrasser sur une grille posée sur un plat. Verser la purée de mangue sur la charlotte. Poser la charlotte sur le plat de service. Tremper très vite le côté non sucré de 12 biscuits cuiller dans le sirop de mangue. Couper les biscuits à mi-hauteur à l’aide d’un petit couteau pointu. Poser les demi-biscuits tout autour, côté sucré vers l’extérieur. Poser au centre de la charlotte des oreillons d’abricots. Laisser complètement dégeler la charlotte. Servir.

dimanche 30 août 2009

Casserole ou gamelle ?

Pas de recette dans cet article consacré à mon passage dans un étoilé strasbourgeois. Pas d’éloges dithyrambiques, plutôt une logorrhée de reproches comme autant d’insupportables gargouillis de la part d’un estomac endolori.

En devenant maman, les sorties au restaurant se sont faites plus rares, plus précieuses donc. Exit les aventures dans des bouibouis improbables, place à la soirée tout confort. Après s’être garantie de remettre bébé dans des mains de confiance, il ne restait plus qu’à trouver une bonne table pour picorer des mets fins. Au mois d’août, l’exploit relève plutôt de la gageure. Motivée jusqu’au bout des canines, je ne me suis pas découragée par tous les congés annuels. Ce dîner n’apparaissait pas sous de très bons augures, mais après tout je ne connais rien aux oiseaux et autres horoscopes. Vaille que vaille, j’ai choisi de confier mes papilles à la Casserole, une étoile au Guide Michelin.

Arrivée l’estomac dans les talons aiguilles de mes jolies chaussures, gaie comme un pinson à l’idée de me gourmander, le postérieur vissé sur un support moelleux, dans un étoilé en plus, j’étais dans les meilleures dispositions d’esprit possibles.

Le restaurant se situe dans une ruelle du vieux Strasbourg, sa décoration y est sobre, contemporaine, pas du tout folklorique. Comment dire, je m’y suis sentie chez moi immédiatement. Je retrouvais le tableau de mon salon et le luminaire de ma chambre à coucher. Signe que les gourmets se rencontrent chez un même fournisseur suédois.

Hiatus cependant : mes voisins de table. Le restaurateur n’y est en principe pour rien. J’écris bien en principe, soupçonnant a fortiori un acharnement du cuisinier sur ma personne. Qui n’a jamais vécu une dégustation contrariée en raison des commentaires bruyants d’un voisin de table peu amène ? Qui n’a jamais été poussé à bout au point de vouloir souhaiter exhiber ostensiblement un manuel de savoir vivre commis par Nadine de Rotschild ? Cette canaille de voisine de table soudainement devenue proche par le simple effet du hasard menaçait sérieusement ma soirée. Ouvrir ses chakras peut être efficace dans ce genre de situation, mais le bricolage n’est pas mon fort. Quoiqu’il en soit, le contenu de la carte me mettait l’eau à la bouche et j’arrivais par intermittence à négliger un plan de table désastreux.

J’ai fait la gourmande et ai opté pour un menu dégustation composé de sept plats format dinette. Roulement de tambour. Ouverture des rideaux. Petit retour sur le modus operandi de mes douleurs stomacales du jour.

En guise d'introduction : coupe de champagne accompagnée de gaspacho à la tomate et au citron vert, sucette de tomate cerise au sésame noir et une bouchée de tomates à la mozzarella. Peu ou pas de goût, l’ensemble était cependant fort joli à regarder. Vive l’agar agar.

Premier acte : filet d’anguille fumée accompagnée d’un cube de gelée de concombre. Encore de l’algue ? Je cuisine souvent à l’agar agar qui est plus sain et n’a pas de goût contrairement à la gélatine, sa cousine. Avoir des ronds et des carrés dans l’assiette c’est sympa, à condition que cela ait un sens. Un cube de jus de concombre pour accompagné de l’anguille fumé, ça ne m’a pas semblé probant. Cela faisait trop d’agar agar d’un coup, à l’emploi finalement pas opportun. L’anguille fumée était elle délicieuse. Je n’aurais pas imaginé que ce poisson un peu lourdingue pouvait être aussi raffiné. La suite s’annonçait enthousiasmante.

Deuxième acte : raviole de cuisses de grenouilles farcies à l’ail avec des trompettes de la mort. Il s’agissait du plat le plus inventif et le plus abouti de tout le menu. Parce qu’attendre des mois pour une soirée ratée dans un bon restaurant ne me rendra pas injuste pour autant, je soulignerai combien ce plat était vraiment délicieux, avec le filet d’anguille fumée, c’étaient les béquilles du repas. Ma voisine de table qui a consommé peu ou prou la même chose que moi a partagé mon point de vue en se perdant dans une diatribe de superlatifs à épuiser le dictionnaire. Plus humblement, je résumerai ainsi : la grenouille était superbe, les trompettes de la mort savoureuses, l’ail jamais écœurant, une perfection.

Troisième acte : dos de rouget aux spaghettis de courgette crus et coriandre fraîche. Aïe. Malheureux morceau de rouget mi-cuit, qui à l’image d’un papier absorbant, rendait le gras de sa cuisson sur un lit de courgettes coupées en fils très fin, dont l’arôme si fugace était englouti par celui d’une coriandre au mieux de sa forme. Qui trop embrasse mal étreint dit le dicton. Ici, trop de saveurs s’annulaient les unes les autres dans un bain huileux. On oublie.

Quatrième acte : escalope de foie de canard poilé sur melon d’eau confit. Emploi farfelu des arômes. Le sel était bien présent pour relever le goût du foie, mais pour ce qui concerne l’effet sucré salé, quelle déception. Le melon d’eau n’avait aucun goût. Du sucre, et encore. La couleur blafarde du confit donnait le ton. On zappe.

Cinquième acte : cuisse de pigeonneau accompagné d’artichauts grillés et de quelques girolles. Bien qu’il m’ait été permis de choisir la cuisson de ma bestiole, quelle amère déception. La cuisse de pigeonneau était à désosser. Cela vous fait rire ? Jongler avec les nonos d’une bestiole, ça n’amuse que le rince-doigts, lyophilisé et reconstitué avec force spectacle. Ma voisine de banquette était épatée. Moi, atterrée. Les réelles et significatives expériences de cuisine moléculaire semblaient bien loin.

Intermède : petit plat de mignardises en attendant la poursuite des réjouissances, autrement dit l’arrivée des desserts. Le macaron pistache ne cassait pas des briques, le financier à la framboise était correct, la crème au chocolat lourdingue, mais la pana cota à la mangue parfaite.

Sixième acte : mille-feuille de feuilles de brick au caramel épicé parfumé à la vanille de Madagascar. Matières grasses en excès. Quand je sors, je ne fais pas attention à ce que je mange, ne cherchant que mon plaisir immédiat. Par contre, je me précipite pas sur des plats que je sais ne pas être physiquement en mesure de digérer. Sur le papier, pas de danger apparent. Or ce dessert était une bombe lipidique qui n’avait que le goût du beurre, du rance presque, à aucun moment celui de la vanille dans toute son exubérance et toute sa suavité.

Septième acte : mirabelles poêlées au romarin. Le romarin frais a littéralement escamoté le parfum des mirabelles caramélisées, c’était tellement dommage ce manque d’équilibre entre la douceur sucrée des mirabelles compotées rapidement et la verdeur d’un brin de romarin fraîchement coupé. Sur le papier, le mélange tient, dans la bouche, l’union dessert autant l’un que l’autre.

Pour finir d’achever votre taux de cholestérol, une tuile au poivre de Sichuan : les grains de poivre masquaient toute autre subtilité du gâteau.

Pas de café pour se rincer le gosier. Un rapide saut aux toilettes m’a fait longer les cuisines. Une de ces cafetières sponsorisées par George Clooney trônait fièrement sur le zinc. Quel dommage de miser davantage sur un rince doigt lyophilisé que sur un choix de grains particulier, une mixture, une torréfaction, une machine, un petit truc en plus quoi. Qu’on ne trouve pas chez soi.

Qu’auriez-vous choisi comme boisson avec tous ces plats ? Aucun vin n’aurait su tenir la distance, et le choix de vins au verre était trop restreint. Dommage que pour une poignée d’euros de plus, les verres n’aient pas été accordés aux mets, prestation classique pour ce type de menu. J’ai opté pour le champagne quand ma chère voisine s’extasiait sur un vin du Languedoc. Tous les goûts sont dans la nature mais ce n’est pas vouloir rendre grand hommage à sa cuisine que de ne pas la mettre en valeur par des conseils de professionnel.

A ceux qui vont prétendre que je suis méchante, je leur répondrai qu’à ce prix-là, le client est en droit d’attendre une prestation de qualité. Ce que j’ai ingéré ce soir-là n’était pas à la hauteur de mes espérances. Une étoile au Guide Michelin vous oblige à toussoter quelque peu quand le travail n’est pas à la hauteur. Une étoile, ça n’est pas rien. Ma soirée a été gâchée et je déconseille au quidam cette adresse. Allez plutôt ici, c’est original, beau, vraiment bon. Je ne les remercierai jamais assez pour l’excellent repas de mariage qu’ils nous ont servi. Un régal.

En résumé, des pépites se dissimulaient tout au long de ce repas très inégal, construit de manière bancale, sans réelle prouesse de style, sans volonté de démonstration. On était dans de l’épure, dans du retour à l’authentique ou dans de la tendance, difficile à dire. Le service était correct. Les assiettes (très jolies au demeurant ces plaques d’ardoise ou ces gouttes d’eau stylisées assorties aux verres de chez Hermès) brillaient excessivement. Les prix étaient injustifiés et j’ai eu honte d’avoir tant dépensé pour ça. Mais cela paiera des serveurs dynamiques et plutôt sympathiques et d’autres investissements chez le viking qui lui, se débrouille finalement pas si mal quand il propose ses fameuses boulettes de renne. A bon entendeur…